L’Aude, l’énergie des possibles (3/3)

Cyclotourisme nature et solidaire

« Initialement la coopérative disposait d’une simple presse pour fabriquer le jus du pomme. Aujourd’hui nous travaillons dans un atelier de 450 m² avec presque 300 coopérateurs»  Olivier, Coopérative Agricole des jardins de la Haute Vallée

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Entrée de la coopérative

Aujourd’hui, je change de département, passage dans l’Aude en direction d’Espéraza. Région mystique où se mêlent histoires de trésors enfouis (trésor de l’abbé Saunière), spiritualité Cathare et énergies cosmiques (montagne de Bugarach).  Malheureusement les mythes et légendes ne sont pas à l’ordre du jour. Au programme, quelque chose de beaucoup plus terre à terre, la visite d’une coopérative agricole baptisée « les jardins de la Haute Vallée ».

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Chaudron de 60 kilos de confiture de figues

 

D’abord prenons le temps de comprendre ce qu’est une coopérative. D’un point de vue formel « Une coopérative est une association autonome de personnes volontairement réunies pour satisfaire leurs aspirations et besoins économiques, sociaux et culturels communs au moyen d’une entreprise dont la propriété est collective et où le pouvoir est exercé démocratiquement».

 

Ce qui est intéressant dans ce modèle est que chaque coopérateur possède le même poids décisionnel et ceci indépendamment de l’investissement engagé. Démocratie respectée !

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Cuves pour le stockage de jus de fruit après pressage

Le modèle de coopérative est visible dans de nombreux domaines tel que les banques, les assurances, les entreprises. Ce qui m’intéresse aujourd’hui ce sont les coopératives agricoles. Il faut savoir que 75% des agriculteurs sont membres d’au moins l’une d’elles, ce qui représente pas moins  de 80 millions d’euros de chiffre d’affaires et 150 000 salariés. 

 

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Les contenants sont tous en verre

La coopérative des jardins de la Haute Vallée est née en 1992 d’une volonté d’un petit groupe d’agriculteurs avec l’objectif de valoriser autrement leurs productions. Que cela soit par la transformation en jus de fruit,  en confitures, en conserves ou autres préparations. Après 25 ans d’existence, elle compte plus  de 300 adhérents venus d’horizons différents : agriculteurs, arboriculteurs, vignerons et maraîchers.

 

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Conserves d’haricots verts

Leur hangar de 450 m² est installé en sortie d’Espéraza le long de la route N118 . L’endroit n’a pas vocation à être un point de vente. Pensé et conçu avant tout pour permettre la transformation d’une grande quantité de fruits et légumes. L’intérieur offre donc un décor spartiate, fait d’empilement de caisses, de cuves  et de machines en tout genre pour peser, presser, embouteiller, empoter.

 

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Préparation pour pasteurisation

Une douce odeur de gingembre embaume l’atelier. Thomas, l’un des trois cent coopérateurs échafaude un nouvel élixir de santé à base de gingembre et bergamote. Autour de nous, plusieurs centaines de pots de confiture sont en attente, les étiquettes placardées sur les caisses annoncent des saveurs de coing, rhubarbe, pêche, pastèque, abricot, … Une vingtaine de parfums au couleurs savoureuses.

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Olivier m’explique qu’une confiture doit être composée au minimum de 55% de sucre

Je retrouve Olivier, coordinateur et responsable de l’atelier. Notre premier échange remonte à 30 minutes, c’est sans hésitation que je suis invité à les rencontrer et filer un petit coup de main. « Si ça te dérange pas, on va monter toutes ces caisses de confitures sur la mezzanine, on en profitera pour faire les présentations ».

 

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Les confitures sont pasteurisées avant d’être vendues

« A la base le fonctionnement de l’atelier est très simple, chaque coopérateur peut réserver une plage horaire sur l’emploi du temps de la coopérative. Le jour donné, il apporte sa matière première que ça soit des fruits, légumes ou d’autres types de plante et la main d’œuvre nécessaire. Une fois le boulot de préparation et de conditionnement réalisé, il repart avec sa marchandise ».

 

Au fur et à mesure des années, l’arrivée de nouveaux coopérateurs et l’évolution des normes agroalimentaires ont bouleversé leur organisation « Aujourd’hui nous disposons de tout l’outillage nécessaire à la fabrication de jus en bouteille et à la préparation de conserves. Nous avons également une cuisine toute équipée pour la préparation des recettes ainsi qu’un espace dédié à la pasteurisation».

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Machine pour la pasteurisation des jus de fruit

L’ outillage de plus en plus sophistiqué et la complexité de certaines machines  ont rendu la gestion beaucoup plus complexe. « Ils m’ont embauché il y a environ quinze ans dans le but d’accompagner et coordonner les coopérateurs sur les ateliers ». Depuis quelques mois Olivier n ‘est plus tout seul, ils sont aujourd’hui trois dont Frédéric qui a rejoint l’équipe en début d’année.

 

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Caisse de nectar de cerise prête a être envoyée

Frédéric me raconte son parcours, l’histoire de son élevage de chèvres qu’elle a du abandonner dans l’espoir d’une vie moins contraignante. Son exploitation était pourtant bien rodée mais les subventions insuffisantes ne lui permettaient de souffler qu’une semaine par an. Dix sept ans investis dans l’élevage et l’affinement de fromage finalement remis en question. Cette nouvelle vie qui commence semble toutefois lui convenir et son savoir faire s’avère être un atout majeur dans l’élaboration des recettes de la coopérative.

Je passe finalement deux jours à leurs côtés. Une rencontre magique agrémentée de bonnes bouffes, une visite productive autour du chaudron débordant de confiture de figues. Cent vingt kilos de confiture plus tard, je retrouve la route avec de belles cloques sur les doigts.

 

«J’ai voulu redonner vie à cet ancien café du village, en faire un espace convivial autour d’événements culturels » Jean Marie, La Claranda,  café-restaurant associatif

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Paysages brûlés par le soleil. Une atmosphère en contraste avec les montagnes ariégeoises

Je suis  aujourd’hui dans le village de Serres dans l’Aude, commune d’une soixantaine d’habitants où l’été s’apprécie en terrasse à l’ombre des cyprès. Depuis le passage dans l’Aude, les paysages offrent  de nouvelles ambiances, le vert éclatant des montagnes ariégeoises a laissé place à une terre de garrigue où le relief ouvre parfois sur de magnifiques sculptures karstiques. Aujourd’hui j’ai rendez-vous avec Jean Marie à l’initiative d’un projet de café associatif baptisé « la Claranda »,l’éclaircie en occitan.

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La Claranda s’est installée au rez de chaussée de cette ancienne batisse.

Le concept de café associatif s’articule d’abord autour des fondements d’une association loi 1901. Cela signifie que c’est une entreprise à but non lucrative dont les fonds à l’origine des ventes, adhésions et subventions sont destinées au financement du lieu. Parmi les financements en jeu, il y a l’organisation d’événements culturels comme des concerts, expositions, lectures, rencontres, l’objectif étant de proposer des événements libres et gratuits aux membres de l’association.

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La terrasse offre un peu d’ombre, une fraîcheur salvatrice durant les grosses chaleurs estivales

En découvrant le village, j’ai d’abord le sentiment d’avoir posé pied sur un îlot perdu au milieu de l’océan, un oasis de fraîcheur où le voyageur vient se ressourcer loin de la folie du monde. Le café associatif « La Claranda » trône fièrement à l’entrée du village. Il s’est installé au rez de chaussée d’une grande bâtisse grisonnante qui déjà à l’époque hébergée le café du village. De l’extérieur l’endroit ne paie pas de mine, seule la grande scène installée un peu en retrait attire l’œil avisé. La porte d’entrée s’ouvre sur un large comptoir où Jean Marie s’active dans l’attente des premiers clients.

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Un intérieur sobre qui parfois accueille concerts et autres événements culturels

 

La salle baignée de silence offre fraîcheur et boissons d’usage. Les présentations faites Jean Marie m’invite à investir la terrasse pour poursuivre l’entrevue.

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Pendant l’entrevue, Jean Marie doit parfois reprendre son poste de serveur

 « On venait passer nos vacances ici avec ma femme ça fait déjà vingt ans et puis il y a neuf ans nous avons décidé d’acheter cette maison, anciennement le café du village, pour en faire un café-restaurant culturel ». Jean Marie vivait sur Toulouse avant cette aventure et pendant un temps sur une péniche amarrée à Ramonville sur le canal du midi.  

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« L’organisation de concerts a rythmé une bonne partie de ma vie et pour cette raison, je voulais faire de ce café un lieu culturel, un espace convivial, ouvert à tous où l’on puisse échanger librement ». Ses 30 ans de carrière l’ont mené sur de nombreux événements artistiques, il fut d’ailleurs l’un des fondateurs du festival Convivencia en 1990, un festival musical navigant au fil du canal du midi,  caravane culturelle déambulant sur le dos d’une péniche.

« Au début, les élus n’ont pas forcément adhéré au projet du café. Le nombre limité d’habitants, le manque de structures touristiques ont été des freins à sa mise en place».

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Plusieurs fois par semaine pendant tout l’été, la terrasse accueille des concerts

Malgré des débuts difficiles, la volonté de Jean Marie a démontré qu’il était possible de recréer une vie artistique en milieu rural. Le lieu accueille ainsi des projets culturels: spectacles, concerts, expositions, conférences et chaque dimanche un apéro-concert est proposé.  D’autres projets sont en cours de réflexion dont le projet «Arts Aude Ariège», partenariat de cinq structures culturelles locales dans un but d’échanges trans-départementaux.

 

 

« Certains locaux étaient réfractaires à l’installation du parc photovoltaïque convaincus qu’il assécherait  les nappes phréatiques» Jean Claude, Maire de Luc sur Aude

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Luc-sur-Aude

Luc sur Aude

Vendredi après midi, Luc-sur-Aude, commune de 220 habitants. Les riverains ont investi la place de la Mairie. Les enfants s’initient à la danse sous l’œil bienveillant des anciens. Chacun a trouvé sa place confortablement installé prêt à s’échanger les dernières nouvelles. Le maire est annoncé à 18h pétante, sa silhouette solennelle suivie de son chien se détache sur l’horizon. Salutations courtoises avant de rejoindre le bureau officiel. J’assiste alors à un discours bien rodé illustré des documents officiels.

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Sur la place de la mairie, j’attend l”arrivée de Jean Claude Pons, maire de Luc sur Aude

Le projet de parc photovoltaïque remonte à septembre 2008. A ce moment, plusieurs projets d’implantation sont proposés par des entreprises extérieures. Un intérêt qui venait confirmer le potentiel énergétique de la commune. « Malgré l’aspect écologique de ces projets, les retombés économiques pour la commune étaient dérisoires. L’idée est donc partie du constat que cet investissement pouvait à terme être rétributeur pour les habitants de la commune. Nous avons donc mobiliser les citoyens et organiser un financement participatif pour monter notre propre parc photovoltaïque ».

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Vue sur Luc sur Aude

La commune a d’abord réaliser une étude sociologique, en vue de mesurer la viabilité du projet.  « Il fallait déterminer si cette initiative avait du sens pour les habitants». Les résultats concluants ont permis de démarrer les démarches. «Nous avons d’abord créé l’association 1,2,3 soleil, pour gérer la construction et la gestion du futur parc photovoltaïque. L’association nous a également permis de participer à un appel à projet organisé par la région Languedoc-Roussillon ».

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Jean Claude Pons maire de Luc sur Aude et ancien agriculteur

 

« Quinze jours plus tard le projet est sélectionné par la région. Un financement octroyé sous forme de prime à la participation citoyenne. Concrètement, un euro investi par les citoyens rapporte un euro supplémentaire ». L’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) a également apporté un soutien financier.

 

 

« Tout ne s’est pas fait sans difficulté, l’adhésion n’était pas unanime, les chasseurs ont reçu le projet avec beaucoup d’a priori principalement sur la question de l’impact environnemental, il y a eu aussi des coûts imprévus dans les dépenses prévisionnelles». Malgré une année de retard par rapport au planning initial, l’installation des panneaux devrait commencer cet automne 2017. Un parc à la taille raisonnée pour une production estimée à 320 000kWh l’équivalent de la consommation (hors chauffage) des 220 habitants de Luc-sur-Aude.

 

 

Notre société prêche, encore aujourd’hui, des valeurs de surconsommation et de plaisir immédiat. Un voyage confortable mais sans préoccupation majeure pour l’avenir. A l’heure où une prise de conscience collective s’évertue à renverser la tendance, une réflexion de fond doit être menée sur l’impact de nos actes et la pérennité de nos choix. 

Voilà deux semaines que mes roues sillonnent les routes à la rencontre de porteurs d’initiatives responsables. Des rencontres toujours passionnantes parce qu‘elles amènent à reconsidérer une manière de faire, de consommer, de percevoir le monde. L’objectif n’étant pas de refuser notre société mais plutôt de développer notre sens critique en vue de faire évoluer nos habitudes. Une aventure passionnante qui stimule curiosité et créativité.

A très vite sur les routes !

Mon dessert préféré ? La mouche au chocolat bio !

 

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