L’histoire du premier tour du monde à vélo

Cyclotourisme nature et solidaire

David V. Herlihy, passionné d’histoire et de cyclisme, nous propose dans son livre “le cycliste perdu” de revivre un moment clé de l’histoire du cyclotourisme. Nous sommes à l’aube du XXe siècle, le monde voit apparaître un nouveau modèle de bicyclette appelé “bicyclette de sûreté” , un modèle adapté à tous, doté de deux roues de taille identique et d’une transmission par chaîne. Une invention qui détrônera bientôt le légendaire grand-bi.

 

autoportrait de Frank Lenz

Frank Lenz, originaire de Pittsburgh se photographie ici à proximité de Sandpoint durant l’automne 1892. Première année de son périple autour du monde

A cette époque, l’Amérique vit une période faste, à la recherche de nouveaux héros, friande de nouvelles aventures. Franck George Lenz l’a bien compris. Il est alors jeune coureur cycliste en mal de reconnaissance et il va tout faire pour accomplir son rêve. Être le premier à faire le tour du monde à bicyclette.

Quelques années plus tard, le magazine “Outing” accepte de financer son projet à condition qu’il chevauche le nouveau modèle de bicyclette Victor, une bicyclette de sûreté équipée des premiers pneumatiques. Son équipement est alors rudimentaire, neuf kilos de matériel sur un porte bagage arrière et un appareil photo Kodak de neuf kilos.

 

Au printemps 1892, Lenz fait ses premiers tours de roues à Pittsburgh, la ville qui l’a vu naître. Un départ pour une aventure de 32000 kilomètres sur trois continents. La presse et le public l’acclament, toute l’Amérique est derrière lui et ses correspondances avec le journal “Outing”sont suivies avec un grand intérêt.

Son tour du monde se fera par l’ouest, d’abord aux États Unis puis au Japon avant de débarquer en Chine. A cette époque, la Chine est un territoire hostile où Lenz va côtoyer un peuple loin du monde, un peuple effrayé par tout ce qui vient de l’étranger.

Les pistes sont en piteuse état et les conditions météo ne font qu’aggraver la situation. Il doit engager des porteurs (coolies) à plusieurs reprises pour l’aider à gravir des montagnes et une fois arrivé en Birmanie, la malaria le met au tapis. Épuisé, il attend la fin de la mousson pour traverser l’Inde puis contourner l’Afghanistan par la vallée de l’Indus en direction de la mer d’Oman.

Les paysages qu’il décrit relève d’un décor de fin du monde. Son corps ne le porte plus, il tombe gravement malade et par chance est secouru par une caravane de chameliers. De nouveau sur pied, il poursuit sa route en Perse. Le désert ne lui offre aucun répit, la chaleur est suffocante, les coins d’ombre inexistants. Son seul fil d’Ariane est une route sablonneuse qu’il doit dérouler kilomètre par kilomètre.

Il fait étape à Bouchehr, en bord de golf Persique, avant de remonter vers le nord-ouest en direction de Tabriz. L’Europe lui ouvre ses portes. Malgré les conseils de prudence, il décide de traverser la Turquie. Le monde perd alors sa trace. Les derniers contacts permettent de remonter sa piste jusqu’à la route d’Erzurum en Turquie. Son corps ainsi que tout son matériel reste introuvable.

Une année passe avant que le magazine “Outing” ne se décide à dépêcher un enquêteur sur place. Une investigation prise dans le feu d’une Turquie tiraillée par des conflits internes. Malgré les efforts le corps du jeune Lenz restera introuvable et la vérité sur sa disparition ne sera jamais vraiment résolue.

Un livre qui nous plonge dans un aventure palpitante où les communications se font par télégraphe, les voyages s’imagent en bateau ou en train à vapeur et où les hommes se réunissent dans des clubs privés. Les pérégrinations de Franck George Lenz nous invite parfois au souvenir du tour du monde en 80 jours de notre cher Phileas Fogg ! 🙂

 

 

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